Comprendre les impacts d’une chute pour mieux s’y préparer
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Une chute peut avoir des impacts qui vont bien au-delà de l’événement lui-même. Ses conséquences peuvent être physiques, fonctionnelles ou psychologiques, et influencer durablement l’autonomie et la qualité de vie. Comprendre ce qui se passe lorsqu’une chute survient permet de mieux s’y préparer, d’agir rapidement et de limiter ses répercussions.
Adapter l’environnement de vie et maintenir une activité physique régulière constituent deux stratégies centrales de la prévention des chutes, comme présenté dans les articles précédents de cette série. Toutefois, même lorsque le domicile est bien adapté et que l’activité physique fait partie du quotidien, une chute peut survenir. Ce troisième article vise à mieux comprendre les impacts possibles d’une chute et l’importance d’une prise en charge rapide pour en réduire les conséquences à long terme.
Toutes les chutes ne se valent pas
Lorsqu’une chute survient, il est essentiel de considérer l’ensemble des facteurs qui l’entourent. Les circonstances de la chute peuvent fournir des indices précieux aux professionnels de la santé et orienter l’évaluation de problématiques sous-jacentes, comme un trouble de l’équilibre, un effet secondaire de la médication, une hypotension ou un déclin cognitif.1
Les conséquences d’une chute varient également selon l’état de santé initial de la personne. À la suite d’un événement comparable, une personne présentant une bonne force musculaire et une densité osseuse adéquate est généralement moins à risque de subir une blessure grave. Les entorses, relativement fréquentes, peuvent être douloureuses, mais entraînent rarement une hospitalisation et permettent souvent un retour progressif aux activités quotidiennes.
À l’inverse, une musculature affaiblie et une densité osseuse diminuée augmentent le risque de fracture. Les fractures, particulièrement celles de la hanche, sont fréquemment associées à une hospitalisation prolongée. Au Canada, les personnes âgées hospitalisées à la suite d’une chute demeurent hospitalisées en moyenne cinq jours de plus que celles admises pour toute autre raison.2–3
L’hospitalisation : un moment charnière
L’hospitalisation à la suite d’une chute constitue souvent un tournant dans le parcours de santé. L’alitement, même de courte durée, peut entraîner une perte rapide de masse et de force musculaire ainsi que d’endurance, particulièrement chez les personnes âgées. Ce déconditionnement complique le retour aux activités habituelles et augmente le risque de nouvelles chutes après le congé hospitalier.4
Même lorsque la blessure initiale est adéquatement traitée, la récupération fonctionnelle peut demeurer incomplète. De plus, l’accompagnement vers un retour optimal des capacités physiques n’est pas toujours suffisant. L’hospitalisation agit ainsi comme un facteur amplificateur de la cascade d’impacts associés à une chute.
Se relever du sol: une capacité clé
Lorsqu’une chute survient, la capacité à se relever du sol joue un rôle déterminant dans la prévention des complications. Rester longtemps au sol augmente le risque de douleurs, de blessures secondaires, de peur et d’hospitalisation.
Être en mesure de se relever, avec ou sans aide, permet de limiter le temps passé au sol, de contacter de l’aide de façon autonome et de réduire l’impact émotionnel de l’événement. Cette capacité repose sur la force des jambes et des bras, la mobilité et l’équilibre.
Bonne nouvelle : elle peut être améliorée et entretenue grâce à des exercices adaptés, intégrés à une démarche globale de prévention.5 Se préparer à se relever fait donc pleinement partie de la prévention des chutes.
Les impacts invisibles : peur et changement d’habitudes
Même après le retour à domicile, les effets d’une chute peuvent persister. La peur de tomber à nouveau figure parmi les conséquences les plus fréquentes. Bien qu’elle soit compréhensible, cette peur peut amener certaines personnes à limiter leurs déplacements, à réduire leurs activités ou à s’isoler.6–7
Cette diminution des activités entraîne souvent une baisse de l’activité physique, accentuant la perte de force et d’équilibre. Un cercle s’installe alors, où la peur, l’inactivité et le déconditionnement augmentent le risque de rechute plutôt que de le réduire.
À l’inverse, demeurer actif dans un environnement sécuritaire contribue à maintenir la confiance, l’autonomie et la capacité à réagir efficacement en cas de déséquilibre.
Une approche globale pour agir avec confiance
Comprendre les impacts d’une chute permet de mieux s’y préparer et d’intervenir plus efficacement lorsqu’elle survient. Une chute peut avoir des conséquences variables, parfois limitées, parfois durables, selon l’état de santé, la rapidité d’intervention et les ressources mises en place par la suite.
La prévention des chutes repose sur une approche globale et complémentaire. Adapter l’environnement de vie permet de réduire les risques liés à l’aménagement. Le maintien des capacités physiques soutient les activités quotidiennes et la capacité à réagir en cas de déséquilibre. Se préparer aux conséquences possibles d’une chute, notamment en conservant la capacité de se relever du sol et en agissant rapidement après l’événement, contribue à en limiter les impacts.
Prévenir les chutes, ce n’est pas chercher à tout contrôler ni renoncer à bouger. C’est plutôt se donner les moyens de rester actif, autonome et confiant, en mettant en place des stratégies réalistes et adaptées à sa réalité. Cette démarche permet non seulement de réduire le risque de chute, mais aussi de préserver la qualité de vie à long terme.
- U.S. Preventive Services Task Force. Nicholson, M. Silverstein, J. B. Wong, M. J. Barry, D. Chelmow, T. R. Coker, E. M. Davis, C. R. Jaen, M. Krousel-Wood, S. Lee, L. Li, G. Rao, J. M. Ruiz, J. Stevermer, J. Tsevat, S. M. Underwood and S. Wiehe (2024). « Interventions to Prevent Falls in Community-Dwelling Older Adults: US Preventive Services Task Force Recommendation Statement. » JAMA 332(1): 51–57. ↩︎
- Agence de santé publique du Canada (2014). Chutes chez les aînés au Canada, Deuxième rapport. ↩︎
- Agence de santé publique du Canada (2022). Rapport de surveillance sur les chutes chez les aînés au Canada. ↩︎
- Hopewell, S., B. Copsey, P. Nicolson, B. Adedire, G. Boniface and S. Lamb (2020). « Multifactorial interventions for preventing falls in older people living in the community: a systematic review and meta-analysis of 41 trials and almost 20 000 participants. » Br J Sports Med 54(22): 1340–1350. ↩︎
- Arena, S. K., C. M. Wilson, L. Boright, B. Cassidy, S. Fedorow, S. Hallman and H. Rager (2024). « Safe Fall Recovery Education for Older Adults. » Home Healthc Now 42(3): 130–139. ↩︎
- Sherrington, C., N. Fairhall, G. Wallbank, A. Tiedemann, Z. A. Michaleff, K. Howard, L. Clemson, S. Hopewell and S. Lamb (2020). « Exercise for preventing falls in older people living in the community: an abridged Cochrane systematic review. » Br J Sports Med 54(15): 885–891. ↩︎
- Lee, S. H. and S. Yu (2020). « Effectiveness of multifactorial interventions in preventing falls among older adults in the community: A systematic review and meta-analysis. » Int J Nurs Stud 106: 103564. ↩︎