Agir pour prévenir la démence : les habitudes de vie qui peuvent faire la différence
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Le risque de démence augmente avec l’âge. À ce titre, nous sommes tous concernés. Toutefois, le vieillissement n’explique pas à lui seul l’apparition de la démence. Au cours des dernières années, la recherche a clairement montré que plusieurs facteurs liés aux habitudes de vie et à la santé générale influencent le risque de développer une démence au cours de la vie.
Cette réalité ouvre la porte à une perspective encourageante : il est possible d’agir. Selon la plus récente mise à jour de la Commission Lancet sur la prévention de la démence1, près de 45 % des cas pourraient être prévenus ou retardés en agissant sur certains facteurs de risque identifiés. L’enjeu est majeur. En 2019, on estimait que plus de 57 millions de personnes vivaient avec une démence dans le monde, un nombre appelé à augmenter avec le vieillissement de la population. La majorité des cas concernent les personnes âgées de 75 ans et plus, mais les processus qui mènent à la démence s’installent bien souvent plusieurs années, voire plusieurs décennies, auparavant.
L’âge demeure le principal facteur de risque, et il n’est pas modifiable. En revanche, de nombreux autres facteurs peuvent être influencés tout au long de la vie, par des choix individuels, des interventions cliniques appropriées et un environnement favorable à la santé.
Les facteurs de risque sur lesquels il est possible d’agir
En s’appuyant sur l’ensemble des données scientifiques disponibles, la Commission Lancet a identifié 14 facteurs de risque potentiellement modifiables associés à une augmentation du risque de démence. Ces facteurs ne sont pas tous modifiables de la même façon, ni au même moment de la vie, mais ils offrent une réelle marge de manœuvre en prévention.
Parmi ces facteurs, on retrouve :
- un faible niveau d’éducation
- la perte d’audition non corrigée
- la perte de vision non traitée
- l’hypertension
- un taux élevé de cholestérol (LDL)
- l’obésité
- le tabagisme
- la consommation excessive d’alcool
- la dépression
- l’inactivité physique
- l’isolement social
- le diabète
- les traumatismes crâniens
- la pollution de l’air
Ces facteurs ont un point commun : lorsqu’ils ne sont pas pris en charge adéquatement, ils fragilisent progressivement le cerveau et augmentent sa vulnérabilité face au vieillissement et aux maladies neurodégénératives.
Il est toutefois essentiel de nuancer la notion de « facteur modifiable ». Agir ne signifie pas nécessairement éliminer complètement un facteur de risque. Par exemple, une perte d’audition ne peut pas toujours être corrigée à la source, mais le port d’appareils auditifs permet d’en réduire les conséquences et de diminuer la surcharge cognitive associée. De la même façon, des conditions comme l’hypertension, le diabète ou un taux élevé de cholestérol ne peuvent pas toujours être inversées, mais un suivi médical approprié et, au besoin, un traitement pharmacologique permettent de mieux les contrôler et d’en limiter les effets à long terme sur la santé du cerveau.
Pourquoi ces facteurs affectent-ils la santé du cerveau
Un cerveau en bonne santé est un cerveau résilient. Il bénéficie d’une réserve cognitive plus élevée, subit moins de dommages structurels et est moins exposé à l’inflammation chronique. Cette réserve permet de compenser plus longtemps les effets du vieillissement et de mieux s’adapter à la présence de maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer.
À l’inverse, certains facteurs de risque, particulièrement lorsqu’ils sont présents en milieu de vie, fragilisent progressivement le cerveau. L’hypertension, le diabète, l’obésité, le tabagisme et l’hypercholestérolémie favorisent notamment l’inflammation chronique, le stress oxydatif et les atteintes vasculaires. Ces mécanismes peuvent s’installer de façon silencieuse pendant plusieurs années, jusqu’à ce que la capacité d’adaptation du cerveau diminue et que les premiers symptômes de démence apparaissent.
À l’opposé, des éléments comme un niveau d’éducation plus élevé, un réseau social riche, une bonne audition et une vision adéquatement corrigée contribuent à renforcer la réserve cognitive. Ils permettent au cerveau de mieux tolérer les agressions et de retarder l’expression clinique de la démence, même lorsque des changements neuropathologiques sont déjà présents.
Dans ce contexte, l’activité physique occupe une place centrale. Du point de vue de la kinésiologie, les données scientifiques montrent qu’être physiquement actif contribue à augmenter la réserve cognitive, à réduire l’inflammation cérébrale, à limiter les dommages vasculaires et à améliorer la santé cardiovasculaire et métabolique. L’activité physique agit donc à la fois directement sur le cerveau et indirectement en facilitant la prise en charge de plusieurs autres facteurs de risque, comme l’hypertension, l’obésité, la dépression et le diabète.
La démence: de quoi parle-t-on exactement ?
La démence n’est pas une maladie en soi, mais un syndrome. Elle correspond à un déclin cognitif suffisamment important pour nuire de façon significative à l’autonomie et aux activités de la vie quotidienne. Dans le monde médical, on utilise également le terme trouble neurocognitif.
Elle peut se manifester par :
- des troubles de la mémoire
- des difficultés d’attention
- des problèmes de planification et d’organisation
- des troubles du langage
- des changements du comportement et du fonctionnement social
La démence est toujours la conséquence d’une maladie sous-jacente. La maladie d’Alzheimer en est la cause la plus fréquente, mais d’autres conditions peuvent également y mener, notamment la démence vasculaire, la démence à corps de Lewy, la démence fronto-temporale et certaines maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson ou de Huntington. La démence apparaît généralement à un stade avancé de ces maladies.
Peut-on prévenir la démence?
À ce jour, la science ne permet pas d’affirmer que les saines habitudes de vie empêchent complètement le développement des maladies neurodégénératives. En revanche, les données sont claires : elles peuvent contribuer à prévenir ou à retarder l’apparition de la démence associée à ces maladies.
Même lorsque certaines pathologies évoluent malgré tout, un mode de vie favorable à la santé du cerveau peut influencer le moment d’apparition des symptômes, leur sévérité et leur impact sur l’autonomie. Cela se traduit par davantage d’années de fonctionnement cognitif préservé et une meilleure qualité de vie.
Agir maintenant
Les facteurs de risque étant bien documentés, la question n’est plus de savoir s’il est pertinent d’agir, mais comment le faire de façon réaliste, progressive et durable. Modifier ses habitudes de vie n’est pas toujours simple, et la marge de manœuvre varie d’une personne à l’autre. Cela dit, certaines actions offrent un excellent rapport entre l’effort investi et les bénéfices potentiels.
L’activité physique régulière en est un bon exemple. Elle agit directement sur la santé cérébrale, tout en facilitant la prise en charge de plusieurs autres facteurs de risque. Lorsqu’elle est pratiquée de façon encadrée et adaptée, elle peut aussi favoriser l’engagement social, renforcer la motivation et soutenir l’adhésion à long terme.
Pour amorcer le changement, les recommandations de la Société canadienne de physiologie de l’exercice constituent un point de repère simple et accessible : viser au moins 150 minutes par semaine d’activité physique aérobie d’intensité modérée à élevée. Un objectif ajustable selon les capacités de chacun, qui peut servir de point de départ vers une démarche plus structurée et durable en faveur de la santé du cerveau.
- Livingston, G., J. Huntley, K. Y. Liu, S. G. Costafreda, G. Selbaek, S. Alladi, D. Ames, S. Banerjee, A. Burns, C. Brayne, N. C. Fox, C. P. Ferri, L. N. Gitlin, R. Howard, H. C. Kales, M. Kivimaki, E. B. Larson, N. Nakasujja, K. Rockwood, Q. Samus, K. Shirai, A. Singh-Manoux, L. S. Schneider, S. Walsh, Y. Yao, A. Sommerlad and N. Mukadam (2024). « Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. » Lancet 404(10452): 572–628. ↩︎