La pratique de l’activité physique comme stratégie pour favoriser la santé mentale fait l’objet de plus en plus de recherches et de reconnaissance dans le milieu scientifique depuis quelques années. Cependant, l’adoption de cette pratique comme traitement reste encore sous exploitée. La pharmacothérapie et la psychothérapie sont souvent les premières stratégies employées, mais elles ne sont pas toujours efficaces, d’où l’intérêt d’identifier d’autres moyens pour traiter les troubles de santé mentale. L’activité physique peut, d’une part, réduire le risque de troubles anxieux et dépressifs et, d’autre part, faire partie du traitement lorsqu’ils sont diagnostiqués. 

Dans un webinaire intitulé “Activité physique et santé mentaleoffert par l’Association canadienne pour la santé mentale – Filiale de Montréal, Isabelle Doré, professeure à l’école de kinésiologie et des sciences de l’activité physique à la faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheuse au centre de recherche du centre hospitalier de l’Université de Montréal  s’est intéressée à ce sujet. Elle nous fait part de ses connaissances et partage ses conseils. Selon la chercheuse, il est tout aussi important d’agir en amont en faisant de la promotion et de la prévention, qu’une fois les troubles installés.

Les avantages de l’intervention en activité physique pour la santé mentale?

Selon la chercheuse, plusieurs raisons justifient le choix de l’activité physique comme moyen d’intervention : 

  • Comportement modifiable : il s’agit d’un comportement sur lequel il est possible d’agir. Avec un accompagnement efficace et des encouragements, l’intervention peut permettre à une personne d’être active physiquement, soit en introduisant la pratique dans sa vie ou en y retournant. 
  • Très bonne accessibilité : beaucoup d’infrastructures et de ressources sont en place pour répondre aux besoins d’une personne qui veut devenir ou rester active.
  • Bonne acceptabilité : puisque que l’activité physique est bonne pour la santé, il s’agit d’un comportement reconnu comme étant positif et souhaitable.
  • Promotion de l’activité physique :  plusieurs campagnes pour promouvoir l’activité physique sont déjà mises en place.
  • Action sur les comorbidités : en plus d’agir sur les troubles de santé mentale en tant que tels, l’activité physique agit sur les comorbidités, c’est-à-dire sur d’autres problèmes de santé, que ce soit les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose, le diabète et le déclin cognitif.

Les types d’activité physique bénéfiques pour la santé mentale 

L’activité physique représente toute forme de mouvement qui entraîne une dépense énergétique. On peut classer les activités physiques en quatre grandes familles. 

  • l’activité physique de loisir : nager dans une piscine…
  • l’activité physique de transport : se rendre au travail en vélo, en transport en commun, à pied…
  • l’activité physique au travail : la police, les métiers du bâtiment…
  • l’activité physique domestique : le jardinage, le ménage… 

Certaines sont reconnues pour avoir davantage de bénéfices pour la santé mentale, à savoir l’activité physique de loisir et de transport. L’activité physique domestique ne semble pas avoir un impact sur la santé mentale. Cependant, elle est très importante pour les personnes déconditionnées car elle permet de réintégrer l’activité physique dans leur quotidien et de retrouver l’estime de soi ainsi que de bonnes relations avec ses proches.  

 

 

Les effets attendus de l’activité physique

Plusieurs études ont démontré que l’activité physique permettrait de :

  • réduire les symptômes dépressifs,
  • réduire les symptômes psychotiques,
  • réduire les symptômes de schizophrénie,
  • diminuer le poids/l’obésité (liée à la prise de médicaments antipsychotiques).

L’activité physique a même été intégrée au Guide de pratique clinique de l’Association des psychiatres (CANMAT). Elle est mentionnée comme traitement de premier recours pour les troubles dépressifs majeurs et comme complément aux traitements pour les dépressions modérées à majeures.

Une augmentation du volume d’activité physique (combinaison de fréquence, durée, intensité) est associée à des bénéfices accrus pour la santé mentale et des troubles mentaux. Le surentraînement, en revanche, est source potentielle de symptômes dépressifs ou de troubles anxieux : perte d’appétit, perte de joie…

On remarque aussi que l’activité physique de groupe aurait plus d’effets bénéfiques sur la santé mentale grâce aux interactions sociales générées. Cela est d’autant plus vrai dans des équipes sportives dont les membres tissent des liens forts entre eux. Cela se ressent sur les symptômes anxieux et dépressifs qui sont moins importants lorsque l’on pratique de l’activité physique de groupe. D’ailleurs, on se rend compte que les personnes qui font de l’activité physique en groupe plutôt qu’en individuel font plus d’activité physique, ce qui est très positif. 

Quel est l’impact des motivations sur la santé mentale?

Comme l’indique la professeure Isabelle Roy, les motivations pour pratiquer de l’activité physique ne sont pas toutes égales face à la santé mentale. 

Les motivations intrinsèques procurent des bénéfices pour la santé mentale. Ce sont les motivations qu’on dit auto-déterminés et qui sont liées aux aspects suivants: 

  • Plaisir : vouloir que cela nous apporte du plaisir
  • Compétence : être capable de se fixer un objectif ou de l’atteindre
  • Forme physique : désirer prendre soin de soi
  • Aspect social : retrouver d’autres personnes

Les motivations extrinsèques, quant à elles, peuvent poser un risque pour la santé mentale. On fait référence ici aux motivations liées à l’apparence, par exemple la perte de poids ou la prise de masse musculaire. 

 

De quelle façon l’activité physique agit-elle sur la santé mentale?

Mécanismes biologiques 

L’activité physique agit sur l’action des neurotransmetteurs et favorise ainsi la sécrétion de sérotonine (reconnue pour son effet antidépresseur) et d’endorphine (associée à un effet analgésique, euphorisant).

Les études montrent également que l’activité physique agit sur le système neuroendocrinien. Plus on bouge, plus on a chaud, plus le sang circule rapidement et agit sur la régulation du cortisol, l’hormone du stress, qui est un risque pour les troubles anxieux et dépressifs.

 

Mécanismes psychologiques

L’activité physique permet une rupture avec des pensées négatives, des effets de rumination. Elle entraîne aussi une meilleure estime de soi puisque l’activité physique permet de : 

  • prendre soin de soi
  • fixer et atteindre des objectifs
  • dégager du temps pour soi.

 

Mécanismes sociaux 

En petits ou grands groupes, l’activité physique permet d’augmenter les interactions sociales.  Elle permet de renforcer et développer les réseaux sociaux. 

Plus on a un réseau élargi ou diversifié, plus on peut avoir du soutien social face à des situations compliquées de stress, de détresse… Cela a un impact positif sur le niveau de santé mentale. 

Pour de nombreuses personnes, l’activité physique récréative est souvent une des seules opportunités de se faire de nouveaux amis en dehors du travail. 

 

Bougez pour être en bonne santé…
mentale.

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