Article rédigé par Audrey Bélanger et Jessica Lecourt, stagiaires chez NeuroMotrix 

La dépression, un problème de santé répandu et préoccupant

Entre 12 et 15% des Québécois âgés de plus de 15 ans ont vécu un épisode dépressif au cours de leur vie. Selon l’Organisation Mondiale de Santé (OMS), la dépression est définie comme un trouble de santé mentale courant, pouvant être caractérisé par de la tristesse et des sentiments de culpabilité.

L’état dépressif peut se traduire par une perte d’intérêt ou de plaisir face aux activités quotidiennes et même face aux loisirs de l’individu malade, ce dernier peut aussi faire l’expérience d’une baisse de son estime de soi, de troubles du sommeil et/ou de l’appétit ou encore, d’une sensation de fatigue et d’un manque de concentration. Cette liste non-exhaustive des symptômes associés à la dépression donne un aperçu de l’impact du trouble.

Selon le nombre de symptômes et leur gravité, trois degrés de sévérité sont possibles, soit la dépression légère, modérée et sévère. Les personnes vivant une dépression se retrouvent dans un état d’esprit qui nuit à leurs activités professionnelles ou de loisirs, leurs études et leurs relations sociales. L’accomplissement de leurs activités de la vie quotidienne devient difficile; même les tâches les plus simples peuvent devenir impossibles à réaliser.

 

L’activité physique, des bénéfices importants dans les troubles dépressifs 

 

Lors d’un épisode de dépression, les personnes affectées éprouvent une telle perte d’intérêt et de plaisir pour leurs activités habituelles qu’elles perdent aussi la motivation à faire de l’activité physique. Elles deviennent souvent plus sédentaires, ce qui a des effets délétères à la fois sur leur santé mentale et leur condition physique. Alors que ces personnes ont encore moins envie de bouger que d’habitude, elles sont parmi celles qui pourraient en tirer les plus grands avantages.

En effet, il a été démontré, dans de nombreuses études scientifiques, que l’activité physique est un traitement efficace des troubles dépressifs.

Il existe plusieurs effets bénéfiques de l’activité physique sur la dépression, en voici quelques-uns :

  • Amélioration générale de la qualité de vie physique et mentale;
  • Diminution des troubles du sommeil;
  • Réduction des symptômes liés à un sevrage (à la suite d’un arrêt du tabac, par exemple);
  • Amélioration des fonctions cardiorespiratoires;
  • Amélioration des symptômes dépressifs;
  • Diminution des risques de rechute dans la maladie. 

Le professeur Paquito Bernard de l’Université du Québec à Montréal, chercheur spécialisé dans les effets de l’activité sur la santé mentale, affirme que le fait de bouger améliore la condition de santé des personnes qui vivent une dépression[i]. Il rapporte une méta-analyse publiée en 2018 qui démontre que l’activité physique a un effet protecteur au sein de différents groupes d’âge, tant chez les adolescents que les adultes et les personnes âgées[ii]. D’ailleurs, l’effet protecteur s’avère aussi efficace sur les personnes ayant des prédispositions génétiques qui les rendent plus vulnérables à la dépression[iii]. Plusieurs études établissent une corrélation élevée entre le niveau d’activité physique et la réduction de l’intensité des symptômes induits par les troubles dépressifs, un phénomène qui s’observe dans tous les degrés de sévérité de la maladie.


L’activité physique comme traitement de la dépression 

Malgré les connaissances à ce sujet, l’activité physique n’est pas couramment prescrite comme intervention pour les personnes qui vivent un épisode dépressif. En effet, l’approche médicale actuelle ne priorise pas nécessairement la pratique d’activités physiques, dans la mesure où le traitement pharmacologique et la psychothérapie sont presque toujours proposés comme premières solutions. Aussi, il est fréquent d’observer une certaine réticence face à sa pratique chez les personnes plus vulnérables. Or, l’activité physique, lorsque pratiquée adéquatement, peut être facilement adaptée à la condition de santé de tous et chacun, et ainsi procurer des bénéfices importants.

L’activité physique est un traitement qui s’avère accessible et peu coûteux. Il peut prendre différentes formes et se pratiquer à différents niveaux d’intensité. Ainsi, il s’individualise très bien aux préférences de chacun. En effet, l’activité physique se traduit sous différentes formes, notamment l’exercice physique, le sport, les loisirs, les tâches ménagères, le transport actif, etc. Il est faux de penser que seuls les exercices structurés, pratiqués dans un centre de conditionnement physique par exemple, ou les sports à proprement dit, comme le ski, le badminton ou le basketball, procurent des bienfaits. Il faut voir l’activité physique comme tout mouvement qui augmente la dépense énergétique. Le simple fait de sortir faire ses courses à pied ou stationner sa voiture plus loin pour marcher un peu plus est considéré comme une activité physique. Le jardinage, le ménage, la promenade avec le chien, sont aussi des moments actifs d’une journée. Il faut identifier des activités qui procurent un certain plaisir, c’est le plus important! Chaque période active compte, il suffit d’en augmenter la fréquence et la durée progressivement pour en tirer des bienfaits.

Des recommandations concrètes selon la sévérité du trouble dépressif 

Les recommandations proposées dans la littérature scientifique diffèrent selon la sévérité du trouble dépressif [iv]-[v], mais, de façon générale, la durée du programme d’intervention devrait se situer entre 10 et 16 semaines. Le programme peut inclure des exercices de type aérobie, qui sollicitent les capacités cardiovasculaires, ou de renforcement. Des séances de marche, de yoga, de danse ou de musculation sont des exemples. L’accent doit être mis sur des activités qui sont plaisantes pour la personne concernée. Pour le trouble dépressif modéré, deux séances de 30 à 45 minutes par semaine sont recommandées, avec une intensité variant entre 50 et 75% de la fréquence cardiaque maximale ou 80% de la répétition maximale. En ce qui concerne le trouble dépressif sévère, trois séances de 45 à 60 minutes par semaine sont recommandées, avec une intensité laissée libre. Cependant, celle-ci devrait augmenter progressivement. Ces recommandations sont celles d’une prise en charge en tant que traitement de la dépression. Il faut savoir que la pratique d’activités physiques doit être considérée comme un engagement à long terme, et que la fin d’un programme de 10 à 16 semaines ne suffit pas à lui seul à prévenir les prochains épisodes dépressifs. Pour maintenir les bénéfices à long terme, il est essentiel de poursuivre la pratique.

Selon le Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT), l’activité physique devrait être le premier traitement à être recommandé dans la prise en charge de la dépression légère à modérée. Dans les cas de dépression sévère, l’activité physique est plutôt recommandée comme traitement complémentaire aux autres interventions, qu’elles soient pharmacologiques ou psychologiques. Puisqu’il est scientifiquement prouvé que sa pratique est un traitement favorable à la réduction des symptômes de dépression, et qu’en plus elle offre de nombreux autres bénéfices pour la santé globale, l’activité physique devrait être au cœur des interventions.

[i] Bernard, Paquito. (25 février 2021). Mouvemental – Journal étudiant de kinésiologie et des sciences de l’éducation physique. L’activité physique dans le traitement des troubles dépressifs. [Vidéoconférence].

[ii] Schuch, F. B., Vancampfort, D., Firth, J., Rosenbaum, S., Ward, P. B., Silva, E. S., … & Stubbs, B. (2018). Physical activity and incident depression: a meta-analysis of prospective cohort studies. American Journal of Psychiatry175(7), 631-648.

[iii] Choi, K. W., Zheutlin, A. B., Karlson, R. A., Wang, M. J., Dunn, E. C., Stein, M. B., … & Smoller, J. W. (2020). Physical activity offsets genetic risk for incident depression assessed via electronic health records in a biobank cohort study. Depression and anxiety37(2), 106-114.

[iv] Rethorst, C. D., Wipfli, B. M., & Landers, D. M. (2009). The antidepressive effects of exercise. Sports medicine39(6), 491-511.

[v] Perraton, L. G., Kumar, S., & Machotka, Z. (2010). Exercise parameters in the treatment of clinical depression: a systematic review of randomized controlled trials. Journal of evaluation in clinical practice16(3), 597-604.

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